Affaire Assange: la Grande-Bretagne en guerre contre les Amériques - 2

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[Politique-fiction] Alors que l'Equateur a accordé l'asile politique à Julian Assange, la Grande-Bretagne s'acharne à l'extrader à tout prix pour complaire aux Etats-Unis. Mais les pays latinoaméricains ne sont pas prêts à admettre le viol de l'ambassade d'un pays frère. La mobilisation remonte jusqu'aux Etats-Unis en vertu du TIAR, le Traité Interaméricain d'Assistance Réciproque. 2/2

[Politique-fiction] C'est là que les choses avaient commencé à dégénérer. Alors que Julian Assange saluait un "vaillant pays indépendant" et que l'ex-juge vedette espagnol Baltasar Garzon, son défenseur, appelait la Grande-Bretagne à accorder le précieux sauf-conduit à son client, l'extraction de celui-ci s'organisait.

Une équipe réduite des commandos britanniques s'en chargerait. Il avait été décidé d'intervenir à partir de l'ambassade de Colombie, située dans le même bâtiment que celle de l'Equateur. Le président colombien Santos n'était pas vraiment favorable à l'opération, mais du fait de la collaboration historique de son pays avec les Etats-Unis dans la lutte contre la drogue, Washington détenait un certain nombre d'informations précieuses permettant d'arracher un accord. Bien sûr, son prédécesseur Alvaro Uribe se serait précipité pour proposer spontanément la collaboration de l'ambassade colombienne, en gage de bonne volonté; mais quelques sénateurs influents qui ne souhaitaient pas voir révéler leurs liens avec le narcotrafic avaient servi d'intermédiaires et Santos avait dû capituler.

L'extraction avait eu lieu dans la nuit, via le parking souterrain, au nez et à la barbe des pro-Assange qui campaient dans la rue, pensant que leur présence dissuaderait la Grande-Bretagne d'agir. Ils avaient d'ailleurs passé des heures à veiller sur une ambassade vide, le secret ayant été gardé jusqu'au vendredi soir.

Les protestations diplomatiques avaient jailli de tous les bords. De l'ALBA, évidemment, l'Alliance Bolivarienne pour les Amériques, cette union de pays latino-américains de gauche anti-impérialiste promue par Hugo Chavez et Fidel Castro. Mais aussi de l'Unasur, l'Union des Nations Sud-Américaines, même si la Colombie ne protestait que timidement. La présidente argentine Cristina Kirchner, qui menait une guerre personnelle contre le Royaume-Uni, en avait profité pour dénoncer une fois de plus la perfide Albion.

Ulcéré d'avoir été berné, le camp équatorien comptait bien rendre à Londres la monnaie de sa pièce. C'est alors que l'habile Garzon avait dépoussiéré un texte de 1947, que les Etats-Unis avaient fait signer à tous les pays latino-américains pour se prémunir contre l'influence communiste: le Traité Interaméricain d'Assistance Réciproque ou TIAR. Curieusement, alors que le bloc soviétique s'était effondré, le traité était toujours en vigueur et juridiquement, il obligeait les Etats-Unis. A l'époque, ceux-ci n'avaient pas encore l'astuce de faire signer des textes sous forme de "traité" par leurs partenaires quand eux-mêmes l'adoptaient comme "agrément" - niveau juridique inférieur à la Constitution, alors que le traité lui est supérieur.

Les Etats-Unis avaient été surpris du procédé, et Garzon avait joué là un coup de maître. La violation d'une ambassade par des hommes en armes pour en extraire un ressortissant certes étranger mais placé sous la protection d'une nation entrait dans le cadre de l'article 3 du TIAR: attaque armée contre un pays signataire. Tous les autres pays signataires devaient se sentir également attaqués et venir en aide à la victime. Et si la première puissance mondiale rechignait à reconnaître l'attaque armée, l'article 6 portait le coup de grâce: toute agression, quand elle ne serait pas une attaque armée, entraînerait les mêmes effets.

Pour une fois, les Etats-Unis étaient juridiquement coincés. En vertu d'un texte presque antédiluvien qu'ils ne comptaient utiliser qu'à leur avantage, ils étaient contraints de réagir contre le Royaume-Uni qui avait pourtant appliqué à la lettre leurs desiderata…


 

Personne ne croit que les Etats-Unis appliqueraient un tel texte aujourd'hui. Surtout, personne ne croit que les Etats-Unis se laisseraient contraindre par qui que ce soit. Quelle sera la suite? Proposez-la sur http://www.facebook.com/HispaNioo!